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Ca sent le sapin !!!

8 février 2021 - 19:37

Quand c'est pas le (ou la, chacun choisira le genre qu'il veut donner à ce gros mot) COVID c'est la météo qui nous met des bâtons dans les roues. Bâtons de sapins ou tout autre sylve, la Chartreuse était bien compromise pour ce week-end. Combinaison de mauvaise météo (même le Sahara nous aura envoyé de mauvaises ondes) et conditions vraiment craignos en montagne avec un manteau neigeux des plus instables. La décision fût vite prise de renoncer à nos projets. Mais que faire ? C'est que ça sent aussi le sapin, ou plutôt la niche, avec cette menace de confinement. Il faut donc qu'on trouve quelque chose à faire, coûte que coûte. Scrutant la météo. la perturbation qui doit nous toucher ne veut rester qu'une petite nuit. Un net rafraîchissement de prévu, occasionnant peut être quelques flocons. L'Ouest semble plus épargné. On cherche dans les archives, on joue aux fléchettes sur une carte, et c'est la commune de Saint Etienne de Lugdarès qui fût choisie. Où que c'est ça. Et bien en Ardèche, plus précisément sur la montagne ardéchoise, non loin de la Lozère, vous savez, un des départements les moins peuplés de France. Rien de transcendant sur le papier, mais l'envie irrépressible de sortir prendre l'air, au cas où la situation vire au vinaigre les prochaines semaines.

Après les fléchettes, c'est la calculette qu''il faut sortir. C'est pas tout, mais il y a quand même un couvre feu, et il faut bien calculer le coup. Ils voudraient pas nous empêcher de faire du sport des fois là haut ? Pourtant, on parle de plus en plus de sport santé. Donc, à la louche, 2h de route + 20 km de marche que l'on convertit en 6h de marche + 2h de retour = il faudrait pas partir après 8h. Damien tranche avec un 7h30 pour le café. Et il a ramené une tranche de pogne pour affronter le grand froid.

Pile à l'heure, il sonne à la porte. Je m'interroge vraiment sur la faisabilité de notre histoire. La neige attendu en deuxième partie de nuit n'est pas vraiment arrivée, et c'est plus de la pluie que des flocons qui tombent. Si c'est pour se mouiller, c'est pas gégé. Mais la motivation de Damien est intacte, nous v'là partis. Ca drache bien, mais on roule. Nous passons par la belle ville du Puy en Velay, apercevons quelques voies vertes à exploiter sur nos compagnons à 2 roues, une via ferrata que le chef ne connait même pas et la Lozère apparait avec ces vastes étendues marquant le pays de la Margeride. Vous savez, c'est là que régnait la bestia (plus communément appelée la Bête du Gévaudan). L'incursion en Lozère sera de courte durée, pour retrouver notre bien aimée Ardèche à Saint Etienne de Lugdarès.

La bonne nouvelle est que la pluie semble vouloir nous laisser tranquille. Le ciel est néanmoins bien chargé. Nous apercevons les sapins enneigé un peu au dessus, mais trop haut pour vraisemblablement pouvoir en jouir aujourd'hui. Tout autour de nous, des éoliennes. A chaque point de vue, on en aperçoit de nouvelles. D'ailleurs, le QG technique de celles implantées en Ardèche se trouve à Saint Etienne de Lugdarès, bourgade semble t'il pas bien animée à cette période de l'année. On cherche le chemin du départ, mais c'est une formalité. Quelques chiens crient aux abois pour signifier une éventuelle menace. Mais nous ne sommes pas bien méchants, nous venons juste nous dégourdir les jambes.

Tout de suite, un très joli sentier bucolique nous fait traverser deux rus. L'eau y coule à profusion en ce moment, et Damien se verrait bien pratiquer une nouvelle activité nature, la pêche. Un constat désolant nous chafouine néanmoins à quelques encablures du bourg. LES MASQUES. Ici, dans ce coin bien isolé de l'Ardèche, ils viennent quand même polluer le paysage. Comment avons nous pu en arriver là. Si ici il en est ainsi, qu'en est il au bord de l'océan ? Vraiment désolant. Nous échapperons peut être au COVID, mais nous serons bien la principale cause de notre perte. Bon, pour le coup de gueule, c'est fait.

Le pays compte certainement plus de bovins que d'humains. Il n'est donc pas rare de traversées des pâtures. Pour cela, d'ingénieux systèmes ont été développés par ici avec des contre-poids artisanaux pour assister la fermeture. Damien apprécie le système D. Nous voici maintenant sur une petite route, sans véhicule certes, mais dans un parfait état, certainement restaurée pour l'acheminement des éoliennes qui sont juste au dessus de nous et que nous partons atteindre. Bien que sans circulation, cela n'en reste pas bien plus agréable. Nous sommes désormais sur la ligne de crête où est installée cette ferme d'éoliennes. Elles sont au nombre de 6. Plus intéressant, la vue qui semble vouloir se dégager. En toile de fond, les vastes forêts résineuses de Lozère. Nous apercevons à main droite le vaste lac de Naussac, dont la création du barrage à l'époque anima les hostilités avec les fervents défenseurs de la nature, comme ce fût plus récemment le cas avec Sivens. Chacun aura son propre avis sur la question, mais aujourd'hui, le lac a permis un vrai développement de la région via le tourisme. Sans cela, il ne resterait certainement plus grand chose dans le quartier.

Face à nous, nous commençons à apercevoir le château perché de Luc avec sa vierge faisant le gué. Cette bâtisse, du moins ces restes, datant du Moyen Age, faisait office de frontière sur la voie de la Regordane, entre les deux anciennes provinces du Gévaudan (en Lozère) et du Vivarais (en Ardèche). Plus naturellement, la rivière de l'Allier marque la limite entre les deux départements. Nous descendons justement aux abords de celle ci, au niveau de la confluence avec le Masméjean descendant la Croix de Bauzon, seule station de ski alpin ardéchoise. En toile de fond, encore coiffé d'une fine couverture nuageuse, le Moure de la Gardille. Complètement méconnu, ce massif abrite la source de l'Allier à quelques 1500 mètres d'altitude. Cette rivière a le rare privilège de voir remonter chaque année le saumon sauvage d'Atlantique, ce qui est unique en France. Imaginez le périple nécessaire pour remonter ces près de 1000 km à contre courant le long de la Loire, dernier fleuve naturel de France.

Parallèle à la rivière, nous cheminons maintenant sur les pas de Robert Louis Stevenson, qui, avec son ânesse Modestine; reliant le Sud du Massif Central,, au départ du Monastier sur Gazeille aux Cevennes. Le roman de son épopée est un grand classique de la littérature et inspire aujourd'hui plus de 10000 randonneurs chaque année emboîtant le pas. Nous cheminons dans dans cette vallée sur quelques kilomètres. Nous passons devant le manoir de Labrot que Damien se verrait bien acquérir. A cette époque, il n'y a pas un chat dans les environs. Nous ne croiserons personne. Ni animal, ni humain. La Bête du Gévaudan exercerait elle encore un pouvoir répulsif ?

Nous quittons les bords de l'Allier au village de Laveyrune, tout aussi désert. Encore un village ardéchois que vous ne connaissez pas j'imagine. Nous y découvrons une des plus grandes supercheries de l'Ardèche. Réputé comme le seul département de France sans train transportant de voyageurs, nous voilà à apercevoir quelques kilomètres sur la ligne remontant des Cévennes. Bon, certes, pas de gare pour autant, mais nous avons bien quelques km de rails transportant des voyageurs sur les communes ardéchoises de Laveyrune, du Cellier du Luc et de Lesperon. Hormis quelques colonies l'été, le village est calme affligeant. Nous attaquons maintenant une nouvelle ascension pour s'élever au dessus de la vallée. La piste très carrossable pourrait être quelque peu ennuyeuse. Les km défilent toutefois vite, et nous avons un joli point de vue dans le rétroviseur, avec le soleil commençant à vraiment faire son apparition. Nous essayons de deviner quel est le sommet du versant, celui des 3 seigneurs. Nous ne le verrons que plus tard. Nous sommes sur une ligne de crête face aux éoliennes du départ, de l'autre côté de la vallée du Masméjean.

Il est midi passé que commence à se poser la question du casse croûte. Les hauteurs sont assez ventées d'une bise bien frisquette. Damien prône pour un casse croûte sur une plage en bordure de ruisseau. Nous descendons donc droit devant. A défaut de plage, c'est en bordure de pré, les pieds pratiquement dans l'eau, avec un soleil hivernal réchauffant les coeurs. Crêpes et verveine concluront en beauté le festin.

Il est temps de reprendre pour les quelques kilomètres restant. Nous nous amuserons de remettre sur pied quelques poteaux directionnels histoire d'être bien sûr de prendre le bon chemin. Ce que nous imaginons les 3 seigneurs se dressent fièrement sur notre droite. Plus insolite, nous apercevons face à nous le phare de Gloria Friedmann, oeuvre parmi tant d'autres qui ont fait leur apparition le long de la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée. Pour connaître l'édifice, c'est un bel abri pour manger un bout en cas de mauvais temps, dans la bibliothèque sommitale. Pour ne rien gâcher, la vue y est panoramique sur la secrète et sauvage vallée de Borne.

Nous concluons notre balade par une descente vers le village de Saint Etienne de Lugdarès. Nous traversons une dernière fois le Masméjean avec un bon coup de cul final, peut être le plus raide du parcours. Face à nous, se dresse fièrement l'église du village, avec des airs de cathédrale. L'intérieur est tout aussi remarquable pour un village si petit. Au compteur, autour de 18km de prévu. Nous n'avons pas bien compris où nous en avions perdu 2 au passage, mais nous avons toutefois bien pris l'air frais hivernal.

En conclusion, nous ne sommes clairement pas sur un best of de la randonnée. Cependant, cela est assez dépaysant et ressourçant. Les vastes étendues de la Margeride ont un côté apaisant. Ici, plus de superficiel, juste l'essentiel. Composé de chemins larges et roulants, la rando se prête parfaitement pour nos amis marcheurs nordiques. Pour nous, l'essentiel est là, avoir pu se dégourdir les jambes et enrichir notre imagination de prochains objectifs. Quand aux sapins, ils sentaient bien tout autour de nous. La région se veut éminemment forestière. Le regret que ces derniers n'est pas revêtus leur blanc manteau hivernal, ce qui aurait donné un véritable intérêt féérique au paysage

Le parcours sur Strava, sachant que sur mon téléphone il a tendance à rajouter des km. Mais c'est bien 18 km

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