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Le soleil joue avec mes nerfs

16 juillet 2018 - 22:32

Pour les adhérents FFCAM ou FFME, l’agenda de l’ASN proposait 2 jours de découverte de l’alpinisme dans le massif des Rousses, avec le pic de l’Etendard (3464m) comme objectif.

Faute de candidat, je me suis dit qu’il n’était pas prudent d’aller affronter les neiges et glaciers seul. Avec l’âge, on devient plus raisonnable… Quoi que !!!

C’est comme ça que je me suis décidé à partir dans le massif du Taillefer (2857m), entre l’alpe du Grand Serre et Bourg d’Oisans. Pourquoi là-bas ? Simplement parce que sur la journée c’est possible, mais surtout parce que je pourrai reprendre contact avec la neige en usant un peu les crampons qui sortent de l’hiver quelque peu rouillés ! Et puis, le paysage y est splendide avec ces lacs sur le plateau intermédiaire.

Top départ à 6h00 de St Victor en direction de Grenoble, Vizille, l’Alpe de Grand Serre, puis virage à gauche pour 9km une petite route inaccessible en hiver pour me rendre au lac du Pourcellet, point de départ pour l’ascension de cette grosse bouse de cailloux, sans attirance particulière lorsqu’on la regarde de loin.

Le temps est maussade, la couverture nuageuse bien présente… et dès que je sors de mon bolide, les premières gouttes se font sentir ! Mer… alors, il ne manquait plus que cela. La météo annoncée était pourtant au top au moins jusqu’à 13 heures, et la trentaine de voiture déjà présente sur le parking en atteste bien une légère erreur sur les pronostics de météo France! Bref, j’ai fait 150 km, c’est pas pour ramasser les pâquerettes ou des escargots bien dodus sur le bord du chemin. Une veste (il fait 9oC !), le sac à dos et le bonnet, et c’est parti… mais pas pour longtemps car le brouillard, l’orage, le tonnerre et la vraie pluie se sont installés aussi vite qu’un cheval au gallot. Ni une ni deux, je fais demi-tour et me mets à l’abri dans mon taxi. J’attends 10mn et force est de constater que je ne pourrai rien faire sans me faire rincer. Tant pis pour les lacs, tant pis pour la neige, tant pis pour le genépi !

Je reprends la route en sens inverse et retourne mon cerveau pour trouver une issue de secours pour justifier mes kilomètres… plus je me rapprochais de la vallée, moins il y avait de pluie, malgré un ciel qui restait couvert.

Je décide donc de traverser la vallée du Drac pour tenter ma chance dans le Vercors. Je ne connais pas spécialement ce côté abrupte du massif, aussi impressionnant qu’hostile en matière de randonnée. Cette barrière de falaise longue de plusieurs dizaines de kilomètres qui s'étend de Grenoble à Luz la croix Haute, et haute de plus de 200m est loin de dire qu’elle est facilement franchissable.

Je me suis souvenu d’une vidéo de Carnet de rando parlant des rochers des 2 sœurs. Je me rends donc au col de l’Arzelier, petite station de ski sur la commune de Château-Bernard, au dessus de Vif, à 1154m. En été, c’est le VTT de descente qui prend le relai avec de nombreux amateurs de tous âges.

Je reprends mes affaires et m’aventure sur le sentier, un peu à l’aveugle car je n’ai pas la bonne carte. Le nom des passages, cols ou sommets indiqués me parlent un peu, mais je ne maitrise pas le secteur… c’est ça qui est drôle! Je ne sais absolument pas ce qui m’attend, mis à part que je ne devrais pas passer loin des Deux Sœurs. Le plafond est bas, le haut des falaises invisible, des troupeaux de VTTistes font la queue au télésiège.

Le sentier montent et sillonnent sous les câbles sur une centaine de mètres de dénivelé puis s’engage dans les bois. Très bien tracé et bien indiqué, je prends la direction du pas de l’Oeille. C’est un nom qui me dit quelque chose dans le massif et en consultant mon GPS, il devrait me faire passer au pied des deux frangines Aghate et Sophie, dont vous trouverez l’histoire en cliquant sur le lien. Le chemin zigzague et monte tranquillement dans cette forêt de feuillus pour le bas, puis de sapins, signe que j’ai dû atteindre l’altitude de 1500m.

La pente commence pourtant à se raidir sans pour autant créer de difficulté particulière pour l’ascension. Je ne revois et n’entends que très peu les bruits du télésiège jusqu’à l’arrivée de celui-ci. A la sortie du bois, surprise est de constater que le ciel bleu a repris du pouvoir et semble vouloir s’installer par la force. Le soleil ne tardera pas, et les Deux sœurs, monstrueuses falaises juste au dessus de mon nez, s’offre à moi avec l’air de me dire « ça va pas simple pour toi ! ». Je me retourne quelques instant pour profiter de la vue et là, que vois-je au premier plan de ce panorama somptueux, côté ouest… le Taillefer, brillant plus que jamais face à moi, étincelant comme jamais on ne l’avait vu ! Autant dire que je le verrai tout au long de mon périple. Il ne me quittera pas des yeux! Plein Sud, c’est la muraille du Vercors qui s’étale des rochers des deux Sœurs, les arêtes du Gerbiers qui nous verront un jour, le Grand Veymont et seul au milieu, l’imposant Mont Aiguille, origine de l’escalade en 1492.

Le chemin se poursuit en ligne droite jusqu’à une bifurcation me proposant le Pas de la Balme ou le Pas de l’Oeille. Je confirme ma première idée et vire à droite sur un sentier en balcon, suivant la courbe de niveau, en faisant le tour de ces deux rochers jusqu’à la cabane des Clos pouvant servir de bivouac pour les amateurs de sites insolites.

De là, le chemin du Pas de l’Oeille part sur la gauche et prenant de l’altitude, parfois en traversant des pierriers stables. Les marmottes sifflent pour annoncer à ces congénères le passage d’un bipède au maillot rouge. Les bouquetons font partis du paysage mais beaucoup trop loin pour en tirer un portrait. Juste sous le Pas, les derniers mètres sont plus soutenus. Il faut mettre les mains par endroit pour s’aider et ne pas risquer la chute. En loupant les marquages, je me suis retrouvé dans un milieu plutôt inapproprié, voire légèrement délicat. Les pierres ne tenaient pas, dévalaient les une après les autres dans la vallée, et un couple qui me suivait me demanda même pourquoi je passais par là !!! « J’ai pas fais exprès !!! ». Bref, la position restait peu confortable, mais tout c’est bien passé, les bonnes chaussures de marche m’ont permis de m’en sortir sans embûche.

Il ne reste que quelques mètres à gravir, ou les mains servent encore à s’équilibrer, et c’est l’arrivée au Pas de l’Oeille. Col assez long débouchant au dessus de Villars de Lans, avec une vue impressionnante sur l’ensemble des massifs alpins : Chartreuses, Belledonne et Sept Laux, bien sûr le taillefer qui est toujours sous le soleil, les Rousses, les Ecrins avec la Meije. Les aiguilles d’Arves se profilent dans le fond.

Mais nous ne sommes qu’à 1950m. Et je souhaitais au moins dépasser les 2000m d’altitude. Au dessus de moi, un col non répertorié, ainsi qu’un petit sommet semblant être en « terra incognita », me permettront d’atteindre les 2105m. C’est chose faite quelques minutes plus tard.

Mais le ciel s’assombrit à nouveau et je ne reste que quelques instants. Je préfère passer les derniers ressauts du col avant la pluie… qui ne viendra jamais !

Je rejoins le col pour me ravitailler et être prêt à déguerpir dans le cas où le temps se mettrait à l’orage. En tournant pour trouver le coin pique-nique idéal, je découvre un aven. Plus loin, le sentier s’est effondré. Un autre aven semble l’avoir avalé. Il faut se rappeler que le Vercors est truffé de trous et que mieux rester sur les traces et ne pas trop s’en éloigner.

Quelques clichés. Les nuages se retire à nouveau aussi vite qu’ils sont venus. Le chemin du retour est amorcé sous les huées des marmottes toujours présentes. Le pays nous offre un spectacle magnifique!

Pendant ce temps là, les footeux jouent leur chance sur les pelouses russes et des milliers de téléspectateurs sont affalés sur les canapés, pizzas et bières à la main, drapeaux pendus au balcon, patriotes pour un instant!

 

 

 

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