Ardeche Sports Nature : site officiel du club de randonnee de ST FELICIEN - clubeo

On a chaumé au bout du monde

26 février 2018 - 21:23

Vous vous disiez que cela faisait longtemps que les Damien & Co ne vous ont pas livré une sortie pleine d'imprévues et d’anecdotes croustillantes ? Je pense que cela nous manquait également au plus profond de nous même, sans oser se l'avouer. Voici une cure de rattrapage, et le tout sur 2 journées pour encore plus de frissons. Une vrai aventure, sur un terrain pas forcément épique sur le papier, mais qui peut amener l'aventure là où nous ne l'attendions pas forcément, offrant des sensations de tout ordre sans forcément prendre de grands risques.

Quelle est est donc cette destination mystique qui s'est livrée à nous ce week-end ? L'objectif était d'aller trainer les guêtres, sur le massif de Pierre sur Haute, point culminant du département de la Loire. Plus précisément, ce territoire s'appelle le Forez, ça s'est pour le côté ligérien, mais nous sommes également dans le parc naturel régional Livradois-Forez, sans quoi nous ne serions complet avec le penchant puydomois. Vous ne connaissez pas ? Mais quelle erreur. Vous ne savez pas à côté de quoi vous passez, et c'est ce dont nous avons pris conscience durant 2 jours pour notre baptême dans le secteur. Petite précision, l'activité prévue pour ce week-end est une randonnée raquettes en boucle sur 2 jours, entre Saint Bonnet le Courreau et le Col du Béal.

Jour 1 : Le Crozet (Saint Bonnet le Courreau) - Col du Béal (Saint Pierre la Bourlhonne) : 20 km via Pierre sur Haute

Traditionnellement, on se retrouve au petit matin, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, mais toujours chez Damien, pour un petit café de mise en jambes. Nous prenons rapidement la route avec l'espoir de ne rien avoir oublié pour les 2 jours. Miracle, cela aura été presque le cas. Cap sur le point de départ, que nous atteignons en moins de 2h de route. Nous devons partir du hameau du Crozet, que nous n'aurons pas de peine à trouver. Un petit tour dans le hameau en voiture, puis nous redescendons, le parking est bien en bas. Une fois équipés, nous prenons la route plein d'en train. La météo est au beau fixe, un peu frisquette, mais c'est normal pour faire de la raquette. Des sculptures de glace sont sculptées dans les lits des ruisseaux et torrents.

Tout de suite nous montons dans le hameau. Nous attaquons très rapidement un sentier. Le balisage est un peu hasardeux. Damien fera même demi-tour en voyant un portail. Pourtant, c'est bien par là qu'il faut passer, d'après l'écriteau sur le portillon que Damien n'avait pas pris la peine de lire. Faut dire que c'est particulier, de rentrez chez l'habitant pour une randonnée, le chien qui aboit dans la cour, une oie qui passe le cou dans l’entrebâillement d'un autre portillon. Les portes entre-ouvertes laissent imaginer l'arche de Noé qui s'y cache. Quand soudain quelqu'un sort de la maison, certainement intriguée par les aboiements. Et là c'est Monique qui vient à notre rencontre. Qui est Monique ? Certainement un élément du patrimoine du hameau un peu désert, faut bien l'avouer. Monique nous raconte pleine d'en-train  ses expériences randos, les pays visités (Alaska, Pérou, Atlas...) ; Atlas où elle a perdu son petit doigt avec le guide Amed mais qu'elle a retrouvé. Nous apprendrons également que Monique s'est faite rechapée 2 fois à Saint Etienne. Nous parlons des chaussures bien sûr, des Mendl, à la qualité incomparable. Enfin, elle nous fera l'article sur le réglage du sac, la théorie des 3 couches, et comment serrer ses chaussures à la montée comme à la descente. Sacré Monique !!! C'est pourtant une rencontre insolite, celles qui font vraiment découvrir la France profonde, celles dont nous ne parlons pas dans les guides touristiques, mais qui laissent bien souvent les souvenirs les plus intenses de notre passage sur le territoire. Alors merci Monique pour cet instant que nous avons du écourter car loin d'être arrivés.

De la sortie du hameau, un sentier caladé monte vers la montagne, où nous pénétrons rapidement dans une forêt de résineux. La montée sera de courte durée, nous rattrapons une piste forestière carrossable qui nous fait nous enfoncer dans le vallon. De la glace est bien présente sur le sol, mais pas suffisamment de neige pour chausser les raquettes. Il faut donc être vigilant pour ne pas se retrouver les fesses au sol, et un coccyx en 2. Nous sommes dans une vallée glacière. Le massif en est truffée et les chaos rocheux en sont le principal témoignage. Nous traversons le ruisseau de Chorsin, où nous apprenons qu'une source ferrugineuse et gazeuse se trouve en dessous de nous. Le débit du torrent est trop important pour pouvoir l'identifier.

De là, la montée reprend de plus belle. Nous allons faire une épingle à un carrefour de piste, avant de revenir dans le vallon. Le chemin se fait petit à petit plus sauvage et rocheux. Nous passons à proximité d'un ancien ermitage. La glace est de plus en plus présente sur le chemin. Avec la pente, il faut vraiment être vigilant. Puis nous arrivons au niveau de l'une des pépites du week-end, la cascade de Chorsin. Avec ce froid polaire, elle est en partie prise par la glace. Le spectacle est féérique. Nous ne manquons pas d'immortaliser le moment. Je descends un peu pour prendre Damien en photo avec la cascade. Et là c'est le drame ! Non seulement Damien s'est fait la malle alors que je voulais le prendre en photo, mais surtout, le téléphone avec lequel je prends les photos me glisse des mains. Le sol est plein de glace, il se laisse donc rapidement emporter dans la pente, jusqu'à faire le grand plongeon dans la cascade. Je pousse alors un grand et fort nonnnnnnnnn !!! Damien me regarde d'un air amusé. Il ne sait pas encore que la blague n'est pas si drôle. Je lui mime le téléphone et la direction de la cascade, le brouhaha de l'eau compliquant toute communication orale. Le lit de la rivière est plusieurs mètres en contrebas. Les parois du ravin sont complètement prises dans la glace, et seules cordes et crampons pourraient permettre une exploration. J'essaie de voir en aval si un passage est possible. J'arrive à me frayer un passage dans la pente entre les plaques de glace. Mais de là, impossible de remonter le lit de ce côté. Je prends alors la décision d’ôter les chaussures  pour traverser et remonter de l'autre côté dans la neige, la glace, et les branches et arbres morts en travers de la ripisylve. Je vous laisse imaginer entrer dans une eau avoisinant les 0 °. Mais elle est finalement chaude à comparer avec les berges enneigées. Je passe à travers entre les branche, m'enfonçant par moment. J'atteins le niveau de la cascade. Je remonte le pantalon jusqu'aux genoux et me jette à l'eau. L'eau atteint rapidement le niveau de mes genoux. Il doit y avoir 2/3 mètres de fond. Il faudrait complètement se déshabiller pour aller sous l'eau. Mais je ne sens plus mes, pieds c'est beaucoup trop risqué. Je prends la décision de rebrousser chemin. Je récupère mes souliers et chaussettes qui manquent de partir à l'eau également. Pas facile de remonter avec la glace. Je retrouve Damien et cherche une trouée de soleil pour sécher mes pieds. les malaxer pour les réchauffer et rétablir la circulation. Je mange quelques gâteaux pour aider mon corps à fabriquer de la chaleur sous le conseil bienveillant de Damien, et nous reprenons vite la route histoire de bien réchauffer les articulations.

La neige fait rapidement son apparition plus prononcée sur le chemin. Nous ne tardons pas à prendre la décision de chausser les raquettes. Nous obliquons vers le versant droite pour une montée sur un joli sentier entre bois et rochers. Quelques centaines de mètres de dénivelé, et nous atteignons l'orée d'une clairière. Damien peste contre ses raquettes où la neige botte dessous. Ce sont des petits amas de neige qui s’amoncèlent, rajoutant du poids et déstabilisant le pied qui ne se retrouve plus à plat. Nous entrons pour de bon dans les estives. Au fond, le sommet du jour fait son apparition. Des clôtures à perte de vue. Nous devinons les tourbières sous nos pieds à l'aide de panneaux pédagogiques. Des jasseries ponctuent le chemin. C'est les habitats traditionnels du coin où les paysans prennent leur quartier durant la période estivale. Nous passons à proximité d'une vierge où un randonneur se dore la pilule avec le beau et chaud soleil du jour. Nous trouvons notre petit coin à nous sur un ban extérieur de l'une de ses jasseries. Mais le ciel semble vouloir se couvrir, et la température se met à chuter. Nous avalerons rapidement notre casse-croûte avant de reprendre l’ascension.

Les nuages se transforment en brume qui remonte de la vallée. Cela n'est point rassurant dans ce no man's land où les seuls points de repères sont des clôtures à perte de vue. Mais qu'est ce qui ressemble le plus à une clôture ? Une autre clôture évidemment. Une once de stress monte alors en nous. Nous activons le pas histoire de ne pas se retrouver dans la purée de pois et la promesse de galères pour trouver le chemin. Mais la brume ne sera pas pour aujourd'hui, à l'approche du sommet cette dernière se dissipe et la cadence ralentit inconsciemment. Et là, quel panorama. Le Mont Blanc sort son nez de la mer de nuages derrière nous. Face à nous, les sommets que nous avons moins l'habitude d'admirer tels que le Puy de Dome, ou encore le Sancy. L'immensité des lieux est sensationnelles et procure une sensation de vertige horizontal tellement le relief y est doux. J'ai l'impression d'être sur les Hauts Plateaux du Vercors ou encore dans l'Aubrac.

A l'approche du sommet, nous apprenons que nous ne sommes pas n'importe où. En effet, les tours/antennes qui le coiffent appartiennent à l'OTAN et des militaires se relaient nuits et jours pour y tenir permanence. Impossible de s'approcher, le périmètre est ceinturé de grillages et barbelés. Nous contournons alors le sommet. D'après la carte, une chapelle est censé être devant nous. Nous apercevons une croix et nous en approchons pour voir ce qu'il en ressort. Mais cela n'ira guère plus loin. Chez nous, nous aurions simplement appelé cela un calvaire. Nous passons à proximité du téléski le plus élevé de la station de ski de Chalmazel. Les amoureux de la glisse s'en donnent  à coeur joie. La suite de la journée ne semble pas compliquée, il faut cheminer sur la ligne de crête entre le sommet et le Col du Béal, via celui de Chamboite. Un petit raidillon assassin nous fera bien suer avant la descente finale jusqu'à l'Auberge du Béal.

Beaucoup de voitures sont stationnées autour. Elles appartiennent certainement aux nombreux randonneurs en skis ou en raquettes croisés depuis le sommet. L'un d'eux nous a d'ailleurs vanté les mérites de l'adresse. De l'autre côté, un vaste domaine de ski de fond semble s'offrir aux adeptes. Nous rentrons dans les locaux et manifestons notre arrivée. Christine, la maitresse des lieux nous donnant les clés nous annoncent que nous allons dormir dans le même lit. Damien rétorque que ce sera une première, mais s'il le faut. Christine comprend alors que nous ne sommes pas en couple, chose que je n'ai pas forcément précisé à la réservation il est vrai. Elle nous propose alors à la place le dortoir. Cette solution nous conviendra mieux, d'autant que nous sommes les seuls dedans. Nous posons les affaires, et allons boire un coup avant toute chose. Nous goûtons une bière locale assez puissante en goût. Puis nous prenons la direction du gîte pour une bonne douche chaude histoire de se réchauffer.  Le gîte est assez bien équipé avec une cuisine commune pour ceux qui veulent être en autonomie avec un équipement très complet pour les cuisiniers en herbe. Christine nous a demandé un peu plus tôt si cela nous dérangeait de manger au gîte, étant les seuls clients du jour à manger. Nous acceptons le deal sans soucis, même si c'est la promesse d'une soirée très calme, malgré le boxer playboy disco de Damien plein d'ardeur.

Une fois tout propre, nous repartons au bar histoire de voir un peu du monde avant d'hiberner. Nous prenons place au comptoir cette fois ci, la salle étant bien pleine. Cela nous aura permis de taper la discute avec les serveuses, rebaptisées par nos soins les JoJo, mais attention, avec un y, cela fait plus moderne. Ce sera donc les JoyJoy à qui nous faisons la promotion de notre association, de nos sorties, hélas bien trop souvent à 2, et nos aventures. Amusées, elles ont écouté nos déboires en rigolant. Nous ferons ainsi la fermeture du bar (un peu avant 20h, n’allait pas imaginer quoi que ce soit). Christine nous aura offert la dernière tournée, certainement en remerciement de notre grande sympathie. Quoi qu'il en soit, nous avons passé un très agréable moment dans cette auberge loin des standards habituels, là où le sourire de l'accueil n'est pas une application à la lettre d'une quelconque règle de démarche qualité, là où l'ambiance entre les salariées et la patronne y est familiale, pleine de respect, voir même d'amour quelque part. C'est ainsi que cette dynamique équipe arrive à gérer l'auberge du Col et le centre de vacances un peu plus bas où la promesse des équipements de remise en forme nous aura fait saliver en cette fraiche soirée.

Nous prenons la route vers notre gîte, avec notre repas en tête à tête composé de soupe, de saucisse grillée, de patia (à prononcer patchia), sorte de gratin de pommes de terre se rapprochant grandement du gratin dauphinois, et le dessert montagnard par excellence, la tarte aux myrtilles. Repus, nous nous coucherons à 21h (si, si, c'est vrai), pour une sage et reposante nuit.

Jour 2 : Col du Béal (Saint Pierre la Bourlhonne) - Le Crozet - Saint Bonnet le Courreau (via le Vallon de Fossat)

Après pratiquement  un tour de cadran en position allongée, il est l'heure de sortir de la couette pour cette nouvelle journée. Comme la veille, le petit déjeuner est dans le gîte, nous nous débrouillons comme des grands. La mauvaise nouvelle du jour est que le brouillard est de la partie. Nous étudions la carte dans tous les sens entre 2 tartines pour concocter le menu du jour. Initialement, nous avions prévu une traversée des crêtes. Mais cela n'a que peu d'intérêt avec ce temps, et les chances de s'y perdre sont décuplées. Christine nous a parlé la veille d'un petit bijou dans le secteur, le Vallon de Fossat. Parallèle aux crêtes, l'accès se fait par une piste forestière en forêt plus sécurisante en orientation.

Nous finissons de nous équiper chaudement. Les températures s'annoncent très fraiches pour aujourd'hui. Nous déposons les clés du gîte au bar avant de partir et disons au revoir. Dès le départ, je propose à Damien un petit hors piste. J'ai repéré que la piste passe en contrebas, et que cela nous évite un petit détour sur route. Damien hésite, mais on finit par s'y jeter. C'est qu'il ne faut pas louper la piste en question. Mais tout se passe pour le mieux, nous retombons sur nos pattes. L'ambiance est assez polaire avec la végétation couverte de givre. Nous allons désormais suivre cette piste pendant quelques kilomètres, de longs kilomètres. Pas forcément désagréable, elle s'avère un peu monotone. Damien imprime un rythme tambour battant pour en réduire la durée. Nous checkons la carte à chaque carrefour, histoire de pas rajouter des km à une journée dont nous ne maitrisons pas tout au vu des conditions.

Nous débouchons enfin sur une départementale. Enfin, les seuls indices sont les bornes kilométriques dans le bas côté et un vestige de panneau d'intersection en béton. Cette route n'est pas déneigée l'hiver pour notre plus grand plaisir. Nous arrivons enfin à l'entrée de ce qui s'annonce le spot de la journée. Des panneaux touristiques dans tous les sens comme pour dire que c'est l'endroit où il faut venir. De gros blocs rocheux nous accueillent à l'entrée, restant de la moraine glaciaire. D'abord chemin carrossable, nous entrons très rapidement dans le vif du sujet. Seuls les piétons sont autorisés dans cet espace ultra-sécurisé. Le milieu est très humide, en témoigne le lit de la rivière qui élit domicile sur le sentier de randonnée. Fort heureusement, nous arrivons à jongler entre portions enneigées et marres de glace. La végétation se densifie, l'eau s'efface peu à peu, laissant la place à la pente. Le lieu est d'un sauvage extraordinaire à comparé des km que nous venons d'avaler. J'ai l'impression d'être en véritable milieu montagnard, le site m'inspirant sur certains points le cirque du fer à cheval en Haute Savoie, pour sa végétation et la présence de l'eau. La cadence ralentie, du fait de la pente sévère qui se dresse certes, mais aussi comme enivrés par le site. Nous cherchons notre chemin en slalomant entre les arbres. Heureusement, la trace a été faite auparavant, nous guidant bien dans l'orientation. Sur la partie finale, de nombreux vallons sont à traverser. Des ponts de neige pour les franchir par endroit rappellent ceux franchissant les crevasses des glaciers. A tout moment, nous nous attendons à voir surgir Sid ou Manny, les personnages de l'Age de Glace. Nous débouchons désormais sur le plateau, avec l'étrange sensation de ne pas avoir pu profiter pleinement des lieux faute de visibilité, mais d'en avoir néanmoins pris plein la vue.

La Croix de Fossat marque le début du plateau. Un semblant d'éclaircie  semble donner de l'espoir pour la suite. Mais cela sera de courte durée. Le brouillard retombe peu à peu, et le vent glacial fait son apparition. Les vestes sont bien fermées pour  éviter toute déperdition thermique. A un carrefour, nous croisons 3 randonneurs. Nous prenons la température sur la suite. L'un d'eux, connaissant bien le secteur,  nous dit qu'il est difficile d'aller dans notre direction avec ce temps, et que même lui aurait du mal par un temps comme ça. Ils nous indique de les attendre au Col des Supeyres, un peu plus loin, si vraiment nous ne trouvons pas l'issue. Mais pas trop le choix, il faut bien regagner la voiture. A un nouveau carrefour, nous regardons la carte. Nous avions plus tôt repéré ce raccourci nous évitant un détour de bien 5 km. Seulement, pas de balisage, ni même de traces. Seules d'interminables clôtures d'estive. Nous tentons tout de même le coup, Damien a sa boussole pour garder le cap. Mais nous décidons de ne pas quitter les clôtures au risque de tourner en rond en plein milieu du champ. Quelques restes de ruines nous donnent un indice sur notre position. Plus bas, il faut traverser un vaste vallon tout en tourbières. Pas franchement enneigé ni même gelé, Résultat, les raquettes s'immergent dans l'eau boueuse, remontant même jusqu'aux chaussures par moment.

Bingo, nous retombons enfin sur nos pattes, à savoir le GR que nous devions récupérer. Notre moment de solitude en orientation aura été payant. Heureusement, je me serais mal vu remonter tout ce que nous venions de descendre. J'ai un coup de pompe, entre ma crève qui s'intensifie et mon estomac qui crie famine. Mais impossible de s'arrêter avec pareilles conditions. Notre espoir se porte vers une dernière jasserie, celle de Garnier, un peu plus loin. Nous quittons déjà le GR pour un PR. Toujours à travers champs, nous perdons rapidement le balisage. Nous ressortons le boussole pour ne pas perdre notre cap. Une haie d’arbres que nous repérons sur la carte nous conforte dans notre situation. La jasserie devrait se dévoiler juste après, et tel est le cas. Nous tentons de trouver un abri pour manger un bout et reprendre des forces. Nous arrivons à nous immiscer dans une grange, avec une petite salle équipée de table et chaises, certainement lieu de vie des paysans l'été. Loin du grand luxe, le lieu est dans son jus, mais le simple fait d'être abrité est un grand luxe en soi.

Nous ne nous éternisons cependant pas, même à l'intérieur, nous nous refroidissons rapidement. Nous dépassons le hameau, et tombons sur la route  d'accès non déneigée. Nous y rattrapons un groupe de randonneurs dans le même sens que nous, surpris de notre provenance. Nous traversons le ruisseau lézardant sur ces derniers mètres avant de dégringoler du plateau et alimenter la fameuse  cascade de Chorsin.

Nous attaquons la descente finale. Sur une piste forestière empruntée par des engins, pas évident de cheminer en raquettes. Plus nous descendons, moins il y a de neige. Nous débouchons sur une route bien gelée. Nous gardons les raquettes quelques dizaines de mètres, avant de les ranger pour cette fois. De jolis sentiers caladés vont nous faire redescendre jusqu'au départ, quelques fois bien encombrés par les genêts couchés par la neige. Quelques jolies bâtisses jouxtent l'itinéraire. L'impression sur ce final est assez chaude, pourtant, le thermomètre de la voiture relève -4°. C'est dire les températures polaires que nous avons subies sur le haut.

Voilà ce périple qui prend fin. Une sacré claque nous y attendais. Certes, nous nous doutions que le site serait sympa, mais pas à ce point. La destination, comme de  nombreuses qui ont du mal à exister face aux traditionnelles qui font les unes des journaux, méritent pourtant que l'on s'y attarde, et je suis persuadé que nous pouvons largement y passer une semaine sans s'ennuyer, et ce quel  que soit l'âge. C'est l'assurance d'y vivre des émotions vrais, au contact d'habitants sans chichis, où le simple partage d'un moment ensemble est une récompense. Petite  montagne sans prétention, il ne faut surtout pas la prendre à la légère. L'aventure y a toute sa place sur ce plateau très pomatoire par temps de brouillard. Pratiquement pas d'habitations ni même d'accès routiers, c'est un véritable désert avec un condensé de nature. L'été, l'ambiance est à coup sûr complètement différente, mais pas moins intéressante à mon avis. Nous avons adoré la cascade de Chorsin malgré ma déconvenue, l'immensité des Hautes Chaumes du Forez donnant le vertige, la vue du sommet de Pierre sur Haute, l'Auberge du Col du Béal avec la dream team à l'accueil irréprochable, le Vallon de Fossat, véritable coup de coeur complètement imprévu, et tous les aléas amenant un vrai caractère d'aventure à la balade, sans toutefois être en véritable danger, sans oublier Monique au départ. Bref, vous l'aurez compris, on en redemande.

Commentaires